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Bertrand, éleveur

« Je n’ai plus d’agenda et plus de montre, c’est le seul luxe qu’on peut s’offrir ». Sur les hauteurs de Montaigut-le-Blanc, Bertrand a choisi de s’affranchir du temps. Pourtant bien terre à terre et porté par une détermination inaltérable, il élève seul ses bêtes, à la merci du climat et du contexte économique peu favorable.


Accompagné de sa fille, Bertrand nous attend sur la place de la mairie : « la ferme est plus loin. Le plus simple, c’est de me suivre. ». Nous suivons donc le pick-up gris jusqu’à la ferme, sur les routes sinueuses nous conduisant sur les hauteurs de Montaigut-le-Blanc. Là-haut, sous un franc soleil de juillet, la vue est imprenable. On distingue notamment les différentes parcelles de cultures voisines de ceux qui, comme lui, ont choisi de faire de la terre leur métier. Une vocation pourtant pas originelle pour Bertrand, qui était éducateur jusqu’en 2009. La page s’est tournée le 1er janvier 2010, quand il a repris la ferme : « j’avais envie de devenir agriculteur, il n’y a pas véritablement de facteurs déclenchants. Simplement une envie. Après, le fait d’être adhérent en tant que consommateur depuis plusieurs années à l’AMAP de Veyre a accéléré les choses. Oui, peut-être. » Sur place, nous décidons de prendre un instant pour discuter. Bertrand installe alors une table de fortune sur deux tréteaux et trois chaises qu’il dépoussière d’un coup de chiffon : « on n’a pas tellement le temps de s’asseoir ici » glisse-t-il, avec un sourire discret. Son environnement, c’est un peu l’arche de Noë : moutons, volailles, lapins, vaches, oies et parfois même cochons. Toute une production qu’il vend essentiellement en direct, après abattage et transformation dans le Cantal.


Favoriser la vente directe, coûte que coûte

Entouré de sa horde de border collie, il aborde rapidement les difficultés que soulève la culture bio : « l’aliment pour nourrir les animaux est cher car il faut être autonome. Sauf que nous, producteurs, pour séduire, on ne peut pas vendre la viande trop chère. Produire pour une élite ne m’intéresse pas. Je fais du bio pour respecter l’environnement, pas pour faire des mets de luxe. ».
Il travaille seul sur son exploitation, avec l’aide ponctuelle de son épouse, enseignante, et de sa fille. La ferme est rentabilisée, mais cela fait 5 ans qu’il vit sans salaire. Il tient ses ressources essentiellement de la vente directe, qu’il aimerait encore développer, pour ne plus passer par des coopératives. Par ailleurs, il vend près de 20 % de sa production toutes les semaines à l’AMAP de Veyre : « Ici, les gens ont suivi mon parcours, ils me connaissent et apprécient mes produits. C’est valorisant pour nous d’avoir des retours positifs à chaque fois, ils nous disent comment ils ont cuisiné la viande, avec qui ils l’ont mangé… Après tout, c’est aussi un bout de terroir qu’ils achètent, quelque chose qui vient d’ici et qui leur appartient un peu. »


Un travail d’équipe au-delà des clivages du bio/non-bio

Quand on évoque avec lui l’avenir, il prend un air rêveur. Il reste pensif quelques minutes avant de rompre le silence : « c’est difficile, on vit au jour le jour. Ce n’est pas facile à dire… J’aimerais bien sûr accroître la vente directe. J’ai aussi un projet de ferme pédagogique. Bien sûr que j’ai des idées, mais il faut voir comment ça évolue. »
Il s’interroge aussi sur l’avenir du modèle de l’AMAP : « c’est un bon tremplin pour les rencontres, mais il faut aujourd’hui faire évoluer ce système. Il faut inventer d’autres organisations ». Il nous confie que l’idée de création d’un magasin de producteurs locaux lui trotte dans un coin de la tête : « On en a déjà parlé avec certains. Je crois qu’il faut vraiment se regrouper en tant que producteurs locaux et dépasser les potentiels clivages bio/non-bio. De nos jours, les consommateurs ne se posent plus de questions quant à la provenance des produits, chacun remplit son Caddie avec ce qu’il veut, quand il veut. Nous, on a un rôle important à jouer pour faire évoluer les mentalités. C’est un travail d’équipe et si on arrive à faire quelque chose de simple, on aura gagné ».