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Rencontre avec Sonia, éleveuse de chèvres

Lui était menuisier ébéniste, elle était professeur de piano. Ils sont aujourd'hui agriculteurs. Au-delà d’une reconversion professionnelle, c’est l’attrait pour un nouveau projet de vie qui a poussé Sonia et son mari à poser leurs valises en Auvergne. Membres de l’AMAP de Veyre-Monton, ils soutiennent une agriculture biologique et alternative. Un engagement et des convictions fortes pour une agriculture différente qu’ils poursuivent, chaque jour, au détriment des difficultés et des aléas du métier.


« On avait ce sentiment d’être quotidiennement bombardés par la publicité, on a ressenti un ras-le-bol de cette stimulation constante du désir d’acheter. On voulait s’éloigner de tout ça, habiter et travailler à la campagne. » En 2006, Sonia et son mari décident de tout quitter. Ils reprennent la ferme de Fayet, à Saint-Babel, après avoir suivi une formation dans l’agriculture. Ils sont propriétaires d’un cheptel de 35 chèvres.


90 heures par semaine

L’Auvergne comme destination, « c’était un peu par hasard, on voulait un territoire avec du relief. ». En revanche, élever des chèvres est un choix clairement affirmé pour les deux quadragénaires : « au début, nous nous orientions vers l’arboriculture. Mais au fil des stages réalisés dans le cadre de notre formation, nous avons découvert le métier de chevrier qui nous a beaucoup plu. D’une part parce que l’animal est plaisant, mais aussi parce que son lait est encore assez valorisé. » Dans leur petite exploitation, ils travaillent tous les deux 90 heures par semaine, avec une charge de travail exponentielle en mai/juin avec le pic de lactation et la récolte du foin. Ils produisent près de 16 000 litres de lait par an, avec lesquels ils  fabriquent une grande variété de fromages : frais ou affinés ; au poivre ou à la sarriette ; sous forme de pyramide, de fromage blanc ou de tomme.



L’AMAP, un modèle engagé

Pour vendre leur production, ils ont adhéré à cinq AMAP, dont celle de Veyre-Monton. Ils participent également depuis peu au marché d’Issoire. A leurs yeux, intégrer une AMAP présente beaucoup d’avantages : «Sur un même marché, il y a parfois trois ou quatre producteurs de fromages de chèvre. Avec l’AMAP, on sait qu’on sera les seuls, car les associations veillent à ce qu’il n’y ait pas de concurrence au sein d’une même organisation. Après, vendre en AMAP, c’est aussi faciliter notre organisation : on anticipe plus facilement les quantités, on est réquisitionné seulement deux heures quand un marché nous prend cinq heures… » La productrice met également en lumière la convivialité du rendez-vous hebdomadaire : « A Veyre-Monton, on se retrouve tous les vendredis, et c’est convivial. On échange avec des consommateurs qui se sentent concernés par une agriculture à petite échelle, et on discute avec les autres producteurs de problématiques que l’on a en commun. C’est un petit plus qu’on ne retrouve pas forcément sur les marchés. »


Le nerf de la guerre

La plus grande richesse de cette expérience pour Sonia, c’est « d’être passée de l’autre côté de la barrière : les gens n’ont pas idée de ce qu’est la vie du paysan. Moi, avant, je trouvais parfois tel ou tel truc cher. Maintenant que je produis, je vois le travail que ça représente et je comprends la valeur des produits. » La problématique financière est en effet prégnante pour les producteurs locaux. Depuis 2011, les deux chevriers vivent avec un SMIC pour deux, par mois : « c’est une question de priorité. Je n’ai pas de téléphone portable, pas de télévision. Ma voiture n’est pas récente, mais qu’importe, tout ce que je lui demande, c’est de fonctionner pour que je puisse aller vendre mes fromages. Je préfère vivre simplement et mettre mon argent dans une alimentation saine. ». Pour sa consommation personnelle, elle ne fréquente que les AMAP et, en complément, les magasins bio. Seule la gourmandise la pousse à faire une petite entorse à ses principes : « je ne trouve mon chocolat bio préféré qu’en grande surface. Alors, quand je rentre dans ce grand entrepôt horrible, j’achète 30 tablettes d’un coup ! »


Une vie nouvelle

C’est un rêve de plusieurs années que le couple a concrétisé. Pourtant, l’enthousiasme initial de ce changement de vie s’étiole. Plus que jamais déterminés à contribuer à une économie alternative, « [ils]accuse[nt]le coup » et la fatigue se fait ressentir. Pour autant, ils n’imaginent pas leur vie ailleurs, et surtout pas en ville. Alors, en attendant de trouver une solution qui allégerait leur quotidien, ils s’accrochent. La trêve hivernale leur laissera un peu de répit, bien qu’un éventuel départ en vacances ne soit pas envisageable, faute de remplaçant à la ferme. Ils profiteront de ces quelques mois pour s’adonner aux plaisirs simples de la vie, qu’ils ne peuvent se permettre tout au long de l’année, comme « lire, écouter de la musique, marcher avec le chien dans la neige, être paresseux au coin du feu ». Mais aussi de prendre le temps d’envisager une alternative pour l’avenir : « Ce n’est pas demain que l’on arrêtera car on aime l’endroit, on aime ce que l’on fait, malgré les difficultés que ça représente. Faut voir, on va y réfléchir. »